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A la poursuite d’une éclipse solaire totale …

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Je crois profondément que « lorsqu’on rêve à quelque chose, l’univers concourt à sa création ». Voilà le point de départ de l’histoire qui se cache derrière cette quête. Passionné de phénomènes astronomiques, je rêvais de réaliser une image d’éclipse solaire totale emblématique …. en voici l’histoire.

Islande 2015 : éclipse solaire totale

La genèse d’un rêve

Depuis toujours fasciné par l’astronomie, je voyais passer de temps à autre ces images d’éclipses avec toujours plus ou moins le même cadrage et qui à mon sens ne rendaient pas assez hommage à la magie de cet instant. Pour rappel, une éclipse solaire se produit lorsque notre satellite naturel, la lune vient éclipser le soleil en journée, projetant ainsi son ombre sur la surface de la terre.

En plus de vouloir vivre ce moment décrit par beaucoup comme unique, je voulais en ramener une image forte de sens. Une image qui traduit la quintessence de cet instant. Une image qui nous ramène à notre condition première, celle de lever les yeux vers le ciel et rêver. L’immense majorité des images que je crée se font à l’instinct, je vais à un endroit où les conditions me semblent propices et je laisse faire mon inspiration. Mais parfois il m’arrive de « rêver » de certaines images. A tel point que j’en viens à traverser le globe plusieurs fois

Tout comme les aurores boréales, je voulais apporter une nouvelle approche à ce phénomène astronomique, seulement j’étais loin d’imaginer dans quelle aventure je me lançais … Alors que je ne connaissais rien du phénomène et encore moins comment photographier une éclipse de soleil, j’apprends qu’une convergence aura lieu le 21 mars 2015 au large de l’Islande. J’observe que la bande de totalité passera sur les îles Féroé et le Svalbard. Motivé à être au meilleur endroit, c’est très vite que les prix des billets d’avion pour les îles Féroé et le Svalbard vont en décider à ma place. La semaine de la conjonction, il fallait compter près de 1500€ pour un A/R, et ce depuis la Norvège … une véritable spéculation s’était mise en place.

Alors à défaut de participer à cette hausse des prix, je choisis l’Islande et les 98% de totalité que la côte sud offrira. Loin d’avoir les connaissances, c’est avec les quelques infos glanées ici et là que je pars poursuivre mon rêve. En plus d’être la zone la plus proche de la bande de centralité, la côté sud est aussi l’endroit où les conditions météorologiques semblent les plus favorables. Ma première idée est de réaliser le cliché avec la fameuse carcasse d’avion DC-3 en premier plan.

Si le ciel ne devait pas être parfaitement dégagé, j’opterais comme plan B pour le lagon du Jokulsarlon. Une fois n’est pas coutume, c’est bien celle-ci qui aura le dernier mot. Me voilà donc quelques jours plus tard au petit matin aux abords du lagon, l’ambiance y est déjà fort étrange. Des centaines de personnes, photographes, curieux et autres astronomes, on fait le déplacement et se massent sur la fameuse plage d’icebergs de « Diamond Beach ».

A la recherche d’une composition et d’un peu de quiétude, je choisis de me mettre en retrait, au niveau du lagon. L’éclipse ayant lieu peu après le lever de soleil, je décide d’y intégrer dans le premier plan la glace, pensant aussi obtenir la réflexion dans l’eau. Afin de renforcer la symbolique de l’image, je pense inclure une silhouette, en l’occurrence Barbara, la jeune femme qui m’accompagne sur ce  voyage.

La convergence débute et durant près d’une heure, je vais être ébahi devant ce phénomène, observant le soleil et la lune se télescoper. Je n’en oublies pas pour autant qu’il ne faut ne pas regarder le soleil à l’oeil nu et j’utilise pour cela des lunettes de protection. L’ambiance devient singulière, le ciel se teinte d’une couleur orangée … la température descend drastiquement à mesure que la luminosité décroît, le silence des lieux vient s’accorder parfaitement avec l’événement. Alors que le maximum approche, je demande à Barbara de se mettre en place pour la photo. J’utilise une focale de 16 mm pour inclure comme premier plan la glace.

Le moment est magique, surréel ! Néanmoins, je constate rapidement que l’image ne sera pas celle que j’imaginais. N’étant pas dans la totalité de la bande, les deux astres ne sont pas parfaitement alignés, c’est une éclipse partielle. Loin d’être satisfait du rendu, la photo ci-dessus ne sera jamais publiée. Je comprends alors que ce n’est que le début d’une longue et belle aventure.

Île de la Réunion 2016 : éclipse solaire annulaire

Soit je gagne, Soit j’apprends …

Nous voilà au mois de mai 2016,  je décide de repartir  à la poursuite de la prochaine éclipse de soleil, celle qui traversera l’Afrique et l’océan indien le 1 septembre. Afin de déterminer au mieux la région ou le pays, je m’appuies sur le site d’une spécialité Xavier Jubier. Toujours à la recherche d’une photo emblématique, je me prends à rêver d’un alignement au dessus de je ne sais quelle girafe au milieu de la brousse.

Quelques semaines plus tard je suis en Tanzanie. Mon séjour dans le pays se passe on ne peut plus mal. Après seulement quelques jours de voyage, je me retrouve dans un commissariat accusé de vol. J’ai souvent pensé, au vu des derniers événements, que « lorsqu’une porte se ferme, une meilleur s’ouvre », il me paraît alors mal avisé de rester ici, je décide de changer de destination pour un endroit plus paisible.

S’offrent alors à moi 3 possibilités : le Congo, Madagascar et enfin l’île de la Réunion. Suite à ma dernière mésaventure, le Congo me paraît trop compliqué voire dangereux. Madagascar a de sérieux atouts, mais finalement en découvrant quelques images, j’ai le coup de cœur pour l’île de la Réunion. J’atterris fin juin sur l’île. S’en suivent plusieurs semaines de repérages et de réflexion sur la réalisation du cliché. En plus de ne pas être dans la bande de totalité (seulement 96%), l’éclipse se produit à 14h09, le soleil sera alors au zénith et il sera très difficile de pouvoir inclure une silhouette humaine dans la composition. Qui plus est, je découvre aussi que c’est une éclipse annulaire, à la différence d’une éclipse solaire totale, celle-ci laisse un anneau apparent; c’est dû à l’orbite lunaire plus proche de la terre. Le diamètre apparent de lune plus petit que celui du soleil, laissant passer bien plus la lumière du soleil.

Loin de me décourager, je prends contact avec un guide et grimpeur local, Gregory Sobzack, afin de créer un partenariat pour obtenir cette image. Le seul endroit qui me paraît alors regrouper les critères pour l’image est depuis le haut des 3 Salazes. Seulement, à défaut d’un repérage concluant quelques jours plus tard, j’en ramènerais des images aériennes pour mon projet de vidéo aérienne sur l’île.

Alors que la date approche, je comprends que les conditions minimales sont loin d’être réunies et qu’il va être très difficile, voire impossible de réaliser l’image. Je n’avais guère prêté attention à l’heure de l’occultation qui rend la réalisation du cliché « hors de portée » dans tous les sens du terme. Alors à défaut de créer l’image rêvée, je me résigne à la photographier et observer le phénomène.

Pour ce faire, j’ai utilisé un téléobjectif 70-200 avec doubleur et suivi les conseils prodigués pour protéger le capteur en couvrant l’optique d’un filtre solaire. Je savais déjà un peu à quoi m’attendre … une nouvelle fois, loin de me satisfaire, je ne saurais en rester là. Je vis néanmoins un moment fort et retrouve ces sensations éprouvées en Islande.

Etats-Unis 2017 : éclipse solaire totale

Suivre son intuition

Bien décidé à persévérer après ce nouvel essai, le projet continue de mûrir et je commence à réfléchir où capter la suivante. La prochaine éclipse solaire totale est celle du 21 août 2017 aux États-Unis, elle semble toute indiquée. C’est l’éclipse du Xxie siècle , un événement en Amérique du nord. Voilà prés de cents qu’une éclipse n’avait pas traversé le continent. Elle sera observable à travers tout le pays, du pacifique à la côte est. Cela offre alors une multitude d’endroits et donc autant de chances de réaliser des photos spectaculaires. Commence alors un long travail de recherche sur le lieu de la prochaine tentative. L’éclipse traversant près de 7 fuseaux horaires et afin d’éviter les mêmes déconvenues qu’a la Réunion, je dois choisir un point le plus à l’ouest possible. En effet, plus le soleil avancera à travers le continent américain, plus il sera haut dans le ciel.

Vu l’image dont je rêvais, le spot devait également offrir du relief. Je pense tout de suite à me concentrer sur un lieu montagneux, vers le nord-ouest. Les premières idées émergent, les premiers lieux aussi (Grand Teton NP, les montagnes de l’Idaho …). Je vérifier également la couverture nuageuse dans cette partie du pays à cette saison. Finalement au détour d’un bénévolat dans un ranch familial, ce sera l’Oregon qui m’accueillera. Le plus dur reste à venir, trouver l’endroit exact !

Le maximum de l’éclipse se produisant entre 10h15 et 10h25 en Oregon (17h20 UTC), le soleil sera alors bien au dessus de l’horizon ( prés de 40° ). Il me faut nécessairement trouver un lieu où je suis à la bonne distance du sujet ( minimum 200m) pour l’effet escompté et que ce même sujet soit suffisamment haut pour être juste en dessous de l’éclipse au moment de la totalité ! Durant plusieurs jours je vais méditer sur l’équation. La ligne de visée doit également être dégagée et le tout doit s’aligner avec la lune et le soleil …

« Less Is More »

Une fois ces paramètres réunis, j’aurai alors environ 2 min pour réaliser l’image avec des réglages que je n’ai jamais utilisés … mes préoccupations premières : un sujet net ainsi que l’éclipse nette. En utilisant Google Map afin de vérifier le dénivelé et les distances, assez rapidement, 2 noms apparaissent : Smith Rock et Three Fingers Jack. Mais les feux de forêt et l’accès éloigné des Three Fingers auront raison du premier choix. Je pars alors durant plusieurs jours consécutifs sur les sentiers de Smith Rock en quête du cadrage parfait.

J’étudie la position des ombres, la course du soleil à l’heure prévue, l’endroit où poser le matériel, la ligne de visibilité avec le sujet. Enfin, j’opte aussi pour la location d’un 400 mm f/2.8 pour obtenir un cadrage plus serré. L’objectif est si lourd que j’en viens à emprunter un trépied de chantier au ranch pour poser l’avant de l’objectif dessus. En même temps, je n’avais guère de choix pour louer autre chose … tous les sites de location en ligne de matériel avaient littéralement été pris d’assaut des mois auparavant. Comme pour celle en Islande, il y avait de la spéculation. C’était l’éclipse du siècle, des millions d’américains étaient attendus dans les différents états traversés. En effet la dernière éclipse solaire totale traversant le pays ainsi le pays d’Est en Ouest c’est produite en 1916.

Initialement, je pensais réaliser l’image sur une plateforme rocheuse en face de Monkey face, lieu prisé des grimpeurs qui offrait tous les paramètres pour le cliché. Néanmoins, l’endroit restreint la possibilité de se déplacer ! D’autres spots le long du sommet de Smith Rock semblaient convenir, mais leur accessibilité limitée m’a incité à trouver un autre endroit. A force d’aller et venir sur ce sentier, un coin a attiré mon attention. En plus d’être à bonne distance et hauteur, le spot avait la particularité de suivre  la course du soleil au moins durant quelques minutes ! Inespéré, cela voulait dire que j’avais plusieurs tentatives possibles.

Mentaliser l’image

Nous sommes alors à 2 jours de la date, en plus d’avoir à trouver un lieu, il me faut aussi donner un sens à l’image et quelle symbolique je souhaite transmettre. S’en suit une soirée de brainstorming avec Marie afin de concevoir à la fois une image forte mais tout aussi simple de lecture. Après plusieurs idées, toutes plus ou moins recevables, j’en reviens à ma toute première inspiration, mon premier « flash »: il s’agit d’une silhouette humaine tenant un bâton, le regard levé vers l’astre. Je pense, en effet, que la première intuition est toujours la meilleure.

Prend alors forme un dessin pour lequel nous imaginons plusieurs postures. Nous sommes à la veille de l’éclipse et afin d’être efficaces et d’aller à l’essentiel, nous déterminons avec Marie plusieurs positions avec des éléments de langage propres à chaque spot.

Ex : lanterne, bras droit, spot 2 / bâton, bras gauche / spot 4 etc.

A 24h du jour J la pression monte … j’ai à ce moment là encore de nombreux doutes et notamment l’utilité du 400mm. Les gros soucis de cette optique sont l’encombrement et le poids qui me pénalisent si jamais je dois bouger et recadrer ! C’est une vraie enclume, un boulet plus qu’autre chose.

Qui plus est, avec le doubleur cela fait un 800mm et donc peu de marge de manœuvre pour recadrer. La qualité n’étant pas ma priorité, préférant privilégier la mobilité et me laisser une marge de sécurité, je laisse de coté le 400mm et reviens au 70-200 toujours avec un doubleur, choix qui s’avérera finalement payant! Après plusieurs hésitations, c’est seulement la veille de l’éclipse que j’arrête mon choix de cadrage.

Vu la configuration, elle ne peut-être que verticale. Nous sommes le matin du 21 Août, loin d’être sûr de réussir,  après des années d’attente, des semaines de repérages, des jours de marche, j’aborde cette journée comme sûrement une des plus importantes de ma vie d’explorateur/photographe.

L’univers conspire à votre réussite

Nous nous sommes levés tôt pour éviter d’être pris dans les embouteillages annoncés et aussi parce-qu’il est presque impossible de dormir avec une t’elle pression. Pour cause, à 6h du matin le monde commence déjà à se masser. Des observateurs de tout le pays ce sont donner rendez-vous en Oregon pour voire le phénomène. De l’autre coté de la montagne, nous sommes plusieurs photographes à nous mettre en place à l’ombre de celle-ci. Là où cela devient « symbolique », alors que je suis en train de me mettre en place, je croise Michael Shainblum, photographe mondialement connu notamment pour ses photos de voie lactée.

C’est lui-même qui 5 ans auparavant m’a inspiré et décidé à me lancer dans la photo durant mon voyage en Australie. Et voilà que je le croise le matin même de l’éclipse… si certains n’y voient pas un signe..!

La veille, j’avais aussi aperçu Chris Burkard et son équipe en pleins préparatifs. Je comprends alors que je suis au bon endroit. Nous avions tous envie de sortir une photo « unique » et bien que nos approches et spots diffèrent, nous avions tous comme idée d’intégrer une silhouette humaine.

Chris Burkard

Michael Shainblum

Le moment d’une vie …

Ce qui est vraiment intéressant, c’est de voir la construction de chacune des images. Le staff  déployé de chaque équipe était assez impressionnant, cameramans, drones, qui couvraient ou presque tous les angles possibles. Après coup, au regard de l’affluence près de Monkey Face le jour J, heureusement que j’ai pris la sage décision de changer de spot.

La convergence débute peu après 8h, je reste dans l’ombre de la montagne en contact avec Marie qui profite de ce temps de répit pour pouvoir observer le début de l’éclipse totale de soleil avec des lunettes spéciales. Peu avant 10h, je commence à apercevoir le soleil occulté, les photos commencent à apparaître sur l’écran. Pour protéger le capteur, j’utilise des filtres ND qui font le travail et qui sont bien plus simple à changer avec le porte filtre! J’opte volontairement pour une balance des blancs poussée ( 10 000k ) histoire de vraiment faire ressortir le coté « solaire » de l’astre.

Alors que nous sommes à quelques minutes de la convergence finale entre les 2 astres, le rendu est loin de me convenir … le stress de passer une nouvelle fois à coté après tout ce travail me fait prendre une décision radicale : retirer tout bonnement le filtre, quitte à mettre le capteur en danger pour quelques minutes !

La lumière solaire décroit à présent très vite , nous sommes alors à une poignée de secondes de la convergence finale. Je demande à Marie de se mettre en place sur le rocher que nous avions préalablement repéré. Je vis un moment d’une rare intensité, l’ambiance devient étrange. Je deviens de plus en plus fébrile au fur et à mesure que l’obscurité grandit, au point d’en perdre mes moyens et de louper plusieurs clichés ! A ce moment je dois gérer le temps de pose, la composition et bien au-dessus, le stress !

Dans le même temps je partage ce moment unique de pur bonheur avec Marie par talkie-walkie. Je me ressaisis, déterminé, et avec une dose de concentration, j’ajuste mon cadrage et shoote quelques instants avant la convergence totale… la suite de l’histoire se fait dans l’image ! Comme un moment suspendu. La pression redescend de surcroît au fur et à mesure que la lumière revient. Je prends à peine conscience de cet instant magique et surtout je réalise que j’ai l’image dont je rêvais ! Alors que l’éclipse est passée depuis plusieurs minutes, je demande à Marie de danser afin de célébrer le moment.

Si d’aventure vous souhaitiez vivre une expérience similaire et profiter de notre savoir faire dans le domaine, nous organisons des voyages « spécial éclipse solaire ».

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